Dans la chaleur de la nuit

Récemment, j’ai eu le privilège de rencontrer Aureliano Marin et de présenter son concert dans le cadre du Festival Tangopostale de Toulouse avec son groupe Chimichango en juillet accompagnés sur scène par les danseurs Emilie et Pablo Tegli.

L’affiche artistique promettait une musique originale et une danse créative. Mais voilà, il allait avoir un autre l’invité important ce soir-là – la canicule du mois de juillet le plus chaud jamais enregistré en France. Et à trois jours du concert de Chimichango, la salle du concert prévue, avec son plateau technique et son sonorisateur, a annoncé qu’elle était contrainte de suspendre toutes ses activités jusqu’à la baisse des températures. Il faisait 38°C dans la ville rose ce jour-là, avec 41°C en prévision pour le jeudi du concert. La climatisation de la salle n’était pas garantie pour les chaleurs en perspective.

Que faire? Annuler le concert? Ou tenter de le maintenir? L’équipe des organisateurs voulait à tout prix éviter une annulation. Comment faire?

Chimichango, Salle Barcelone, Tangopostale 2026 – photo de la Galerie du Festival

Chimichangement de lieu pour un concert tropical

Un Chimichangement de lieu s’imposait pour maintenir l’événement. Vus les délais, un seul lieu alternatif existait. Le festival disposait de la Salle Barcelone, une salle de repli attribuée par la Mairie pour déplacer la Eterna Milonga extérieure de la place Saint Pierre… en cas de pluie ! La scène y était plus petite, le plateau technique bien plus basique et il n’y avait pas de technicien à demeure. Elle n’était pas climatisée mais la salle était équipée de 16 ventilateurs au plafond.

Et les artistes? Il faut saluer la réaction d’Aureliano Marin et ses camarades de Chimichango. Joints par téléphone, ils comprenaient toute de suite la situation mais ne voulaient pas entendre parler d’annulation. Chimichango voulait venir, peu importe le contexte, nous disait le pianiste Julien Blondel. 41°C le jour du concert? Même pas peur. Emilie et Pablo ont également accepter de relever le défi après avoir visité la salle. Ces réactions de la part des artistes étaient capitales car elles conditionnaient tout le reste. Bravo et merci à eux.

La fin de Prothéo, Aureliano Marin & Chimichango, danseurs Émilie et Pablo Tegli, Tangopostale 2026

Les jours passant, le mercure n’a eu de cesse de grimper comme prévu, et l’équipe de Tangopostale a dû creuser pour trouver l’énergie et le sens de coopération indispensables pour tout déplacer et installer pour accueillir le public de l’événement annoncé – tout en assurant la tenue de tout le reste du programme. Bravo et merci à eux également!

Malgré la chaleur de la salle, pouvoir enfin présenter Chimichango avec Émilie et Pablo Tegli le soir du 9 juillet était un soulagement. Encouragé par Aureliano Marin, dans la présentation je n’ai pas résiste à l’idée de citer Cool Tango, titre de l’album de ses débuts, et fortement à propos en cette soirée caniculaire.

La musique n’a pas laissé le public de glace, entre autres grâce aux beaux envolés du swing puissant de Cerras los Ojos – mention spéciale pour Mehdi Al Tinaoui au violon – et le chaloupé irrésistible de Milonga en la 31, les deux titres étant des compositions originales. Au bandonéon, Simone Tolomeo, a porté son oreille subtile et son jeu fluide de manière libre et lyrique, tout comme Julien Blondel au piano, toujours aussi bouillanant d’idées et d’énergie. L’addition d’une batterie à l’orchestre, jouée avec finesse par Pablo Costadone, a permis de donner une touche entre rock et électrotango à Chimichango qui plaisait bien au public. Et ce soir-là, en effet, la part belle était réservée aux nouveautés – exception faite pour une version magnifique d’Oblivion d’Astor Piazzolla avec ses paroles en français de David McNeil.

Et Aureliano Marin au chant et à la contrebasse? J’ai été frappé, comme à chaque fois que je ai vu sur scène, non seulement par la musicalité de sa voix de velours, mais également par sa capacité à croiser les sources d’inspiration pour proposer un son et un style qui lui sont propres.

Le rythme lent de la milonga campera de Prothéo collait bien à la température du lieu. Et je crois que l’extrait vidéo du concert a capté l’ambiance tropicale qui caractérisait l’événement. Comme on peut le voir dans l’extrait vidéo, les danseurs Émilie et Pablo Tegli ont gardé leur envie de liberté de mouvement tout en luttant en permanence entre la moiteur de l’air et l’humidité du sol glissant. De véritables équilibristes.

Sur un plan plus général, la fin du mystérieux Prothéo a évoqué la sensation d’un temps suspendu et de repères en train de changer qui nous a finalement suivis tout au long de cet été 2026. En attendant d’autres prestations de Chimichango, une question se pose : quel avenir pour les événements musicaux compte tenu des températures extrêmes à répétition? Le Festival Tangopostale se pose sérieusement la question d’un changement de calendrier en 2027, car le mois de juillet promet des chaleurs renouvelées qui affecteront, non seulement les concerts et bals en salles climatisées, mais surtout la célèbre Milonga Eterna du festival sur la place Saint-Pierre près de la Garonne en extérieur tous les jours.

Rendez-vous pris, dans la chaleur de la nuit.


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