Livre en français d’un Japonais

Tout commence à Tokyo en 1938 dans la grande salle d’un centre culturel municipal lorsque des militaires font irruption dans une répétition d’un quatuor à cordes constitué d’un Japonais et trois Chinois. La multiculturalité de ce rassemblement n’a rien pour plaire en temps de conflit entre le Japon et la Chine.1
Les militaires se demandent quelle est la vraie raison de cette soi-disant répétition du Quatuor n° 13 opus 29 de Franz Schubert? Forcément un complot politique entre ces étrangers et ce traître Japonais. Heureusement que l’ami journaliste français, Philippe, vient de partir, sinon il faisait partie des interrogés.
Cette première scène du livre est fracassante. L’instrument de Yu Mizusawa, premier violon de l’ensemble, sera brisé par un soldat de l’Empereur particulièrement zélé. L’arrivée dans la salle d’un lieutenant mélomane par la suite apaise un peu la situation. Il est trop tard pour éviter l’écrasement du violon, mais il veillera à le déposer en l’état dans l’armoire où le fils de Yu, le jeune Rei, se cache dans une obscurité protectrice qui lui permet d’observer la scène. Ce geste sera déterminant.
C’est la dernière fois que Rei voit son père vivant, arrêté comme les autres, laissant l’enfant seul. L’arrestation est un arrachement et, tout comme le violon fracassé, l’expression des vies brisées. Quel est le rapport entre le vieux luthier parisien de nos jours, et cet incident de 1938 dont presque personne n’a de souvenir? Seule la lecture de toute la partition peut le dire.
Lorsque j’ai ouvert Âme Brisée de Akira Mizubayashi, je croyais tenir entre mes mains un roman japonais en traduction. Il se trouvait être un roman écrit en français par un Japonais. Je m’attendais à lire une histoire qui me parle du passé mais elle résonne étrangement avec une certaine actualité faite d’irruptions et de bousculades.
Conçu en 4 mouvements aux titres qui reprennent les indications des mouvements du Quatuor n° 13 de Schubert, ce roman met en musique l’histoire subtile et sans frontières de la réparation d’une violence initiale et ses conséquences. Il nous raconte qu’il est possible de se refaire, même après l’impensable. Vous verrez. C’est tout l’art d’Akira Mizubayashi.
- Il s’agit de l’époque de la seconde guerre Sino-Japanise 1937-45. ↩︎
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