Je m’appelle Catherine et je présente la météo du soir à la télévision. Mon visage ne vous est peut-être pas inconnu. Peu importe. J’ai quelque chose de bien plus important à vous dire. Il m’est arrivé quelque chose de très étrange. Une histoire à vous donner froid dans le dos.

L’autre soir, j’ai présenté mon bulletin comme d’habitude, mais la prévision n’avait rien d’ordinaire : Après cette belle journée ensoleillée d’aujourd’hui, Météo France annonce une alerte au grand froid pour demain avec une neige abondante attendue. J’ai énuméré toutes les températures attendues, les niveaux d’enneigement probables et les précautions à prendre. J’ai conseillé à tout le monde de rester en sécurité bien au chaud. Puis j’ai souhaité Une excellente soirée aux téléspectateurs.

Une fois le bulletin terminé, je pensais déjà à rentrer chez moi avant la neige. Mais, au studio, toute l’équipe de l’émission a envahi le plateau autour de moi. C’était très inhabituel. Certaines personnes applaudissaient, d’autres riaient. D’autres encore n’y trouvaient rien d’amusant dans tout ça.

De la neige demain, Catherine? En plein été? C’est impossible, me disait-on.

Et bien, répondis-je, en tout cas, c’est ce qui disent les prévisions. Il va falloir attendre pour voir si c’est vrai ou pas.

Et pendant la nuit, le ciel s’est couvert jusqu’à ce qu’il n’y ait plus aucune étoile de visible. Un vent glacial s’est mis à souffler, amenant un froid glacial, et les premiers flocons de neige ont commencé à tomber. Les chutes de neige étaient légères au début, se renforçant au fur et à mesure tout au long de la nuit.

Le lendemain matin, il n’y avait plus le grand soleil estival de la veille. Que voyait-on partout? Des derniers flocons qui tombaient du ciel, puis plus rien, que du blanc. De la neige, de la neige, et dans toutes les directions.

Ce temps hivernal faisait sourire certains qui postaient des vidéos sur les réseaux avant de tenter la poursuite d’une journée normale. Mais personne ne pouvait sortir. Il y avait bien trop de neige. Les routes étaient bloquées et les transports ne fonctionnaient pas. Nous venions d’enregistrer de la neige abondante généralisée en plein été pour la toute première fois.

Les enfants étaient ravis, bien évidemment. Ils ne pouvaient pas se contenter de rester au chaud à l’intérieur. Il a fallu qu’ils sortent jouer dehors. Et les adultes n’ont pas tardé à les rejoindre pour des batailles de boules de neige et des courses de luge improvisées. Même en short et en t-shirt.

Les familles en vacances au bord de la mer ont construit des châteaux de neige à la plage. Et ils ont dû attendre longtemps l’arrivée des vagues pour renverser leurs créations avant de comprendre que les vagues étaient gelées comme tout le reste. Pour se consoler, ils ont cherché un marchand de glaces – comme d’habitude au retour de la plage – mais il n’y avait que de la glace à l’eau. Gratuite certes, mais sans choix de parfum. De la glace à l’eau et de la neige, bien sûr. Beaucoup de neige.

Bizarrement, la nuit est tombée très tôt. Cela n’a posé problème à personne. Chacun s’est endormi, comme par enchantement, pour rêver de la neige qui tombait sans cesse sur un monde peuplé d’enfants, de femmes et de bonshommes de neige.

Ce soir-là, j’ai présenté la météo malgré tout, car rien n’arrête la météo et, quand il s’agit de conditions extrêmes, il est essentiel d’informer notre public. J’ai terminé mon bulletin en disant : Il n’y a pas de dégel en perspective pour le moment et, tant que dure cette neige, pensez à rester au chaud et à veiller les uns sur les autres. Le numéro d’aide pour signaler les personnes en difficulté s’est affiché à l’écran et j’ai souhaité une bonne soirée à tout le monde.

Les personnes au sommeil léger se sont réveillés en plein nuit. Elles ont toutes regardé dehors pour voir si la neige y était toujours. Elle y était, mais sa présence les interrogeait, les empêchant de se rendormir. Que faire? Regarder les écrans qui diffusaient des images de la neige retransmises en direct par des caméras de surveillance autrement inutiles car il n’y avait personne à surveiller dehors. Sinon, se contenter de déguster une boisson chaude devant ce spectacle d’un monde enneigé.

Surgi de nulle part, ce paysage étrange et figé, qui était désormais le notre, semblait être tombé sous le sort jeté par un magicien tout de blanc vêtu qui se moquait bien de l’idée que nous soyons en été en non pas en hiver.

A ce moment-là j’ai entendu une voix familière me parler : Catherine! A l’antenne dans 5 minutes!

Je m’étais endormie sous l’air frais de la climatisation du studio. J’ai frissonné en reprenant mes esprits, puis j’ai relu le vrai bulletin météo que j’allais devoir présenter. Ni vent glacial, ni flocons de neige à l’horizon. Nous vivions la canicule d’été la plus chaude et la plus précoce depuis la création des archives de la météo et il y avait une alerte rouge en cours.

Photo de Rajiv Bajaj sur Unsplash

Les températures étaient tropicales de jour comme de nuit, avec aucune pluie à part la possibilité locale de torrents d’eau et de grêle lors des orages qui accompagnaient toujours les fortes chaleurs. L’absence de pluies menaçait de provoquer une véritable sècheresse avec le risque de départs de feu à de nombreux endroits.

Pas de baisse des températures en vue pour l’instant, disait mon texte, donc, dans la mesure du possible, restez à l’ombre et buvez régulièrement. Le bulletin devait s’achever avec le rappel du numéro de la ligne d’aide avant de souhaiter bonne nuit aux téléspectateurs.

D’un coup, le vrai bulletin météo semblait plus étrange que celui dans mon rêve. Il était inutile de se frotter les yeux en s’étonnant de la présence d’une canicule de plus, parce que cette chaleur extrême n’allait pas disparaître de si tôt. En réalité, la canicule semblait s’imposer comme trait caractérisé d’un été normal.

Autrefois, on accueillait les vagues de chaleur comme du beau temps, mais, à cette époque-là, les températures restaient supportables. Plus maintenant. Quelque chose a déraillé et nous ne sommes pas prêts à le corriger.

La prochaine fois que l’été nous parait trop chaud ou l’hiver trop froid, faisons attention au moment de formuler nos souhaits météorologiques. Tournons notre langue au moins sept fois dans la bouche avant de souhaiter un changement de météo. Parce que, franchement, le résultat peut nous faire froid dans le dos.

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