Le nom de Radio Tangopostale trouve son origine dans TangopostaleFestival International de Tango de Toulouse qui vient de réaliser sa 17° édition en 2026.

Mais si vous cherchez Radio Tangopostale en ligne – même si votre ami IA vous dit autre chose – seuls deux liens restent actifs : une page sur Facebook qui partage les actualités liées au Festival Tangopostale et au tango en général; une chaîne YouTube qui propose vidéos et playlists de nouvelles musiques en tango.

Comment ? Radio Tangopostale n’est pas une radio ? En effet, même si sa présence sur Facebook et YouTube permet de continuer de partager la passion du tango, la Radio n’est plus une radio qui diffuse de la musique en ligne depuis 2016.

Voici son histoire en bref.

Une histoire en trois temps

L’histoire de Radio Tangopostale se déroule en trois temps.

Premier temps. La radio a vu le jour pour la première fois en juin 2011 en tant que support numérique éphémère dédié à la diffusion d’un jingle de promotion pour la 3° édition du Festival Tangopostale. En 3 langues, le jingle crée par Pascale Van Der Ostende, chargée de communication du festival à l’époque, énumérait les artistes invités sur un fond musical. Un ami du festival, Laurent Lardereau, qui animait déjà plusieurs radios en ligne de styles variés, nous a guidés vers la plateforme Radionomy qui hébergeait des radios en finançant les droits d’auteurs par la vente de publicité. Il m’a demandé de lui transmettre les fichiers de musique à diffuser et il nous a aidés à créer une courte programmation circulaire qui alternait jingles et la musique des orchestres invités cette année-là : Marcelo Mercadante y su quinteto, Gabriel Vallejo Quartet et Orquesta Tipica Imperial. Cette radio éphémère a pris fin à l’issue du Festival Tangopostale 2011, mais Radio Tangopostale était née.

Deuxième temps. Le concept a été repris pour l’édition 2012 avec l’aide de Paula Loubet et Clara Labrousse, deux stagiaires en communication, à qui j’ai fourni les bases musicales de la programmation à mettre en ligne. Pour cette deuxième version, nous avons choisi d’ajouter au jingle d’annonce de Tangopostale 2012, toujours en 3 langues, une sélection de tangos classiques mélangés avec  la musique des orchestres invités :  Tango Grua, Alfonso Pacin & Eleonora Eubel, Orquesta Silbando, La Andariega et Astillero. Avec plus de 2 000 connexions pour 10 jours de diffusion – en ces jours lointains où ce genre de résultat impressionnait encore – l’équipe de communication se félicitait d’un coup de publicité réussie.

Troisième temps. En 2013, encouragé par Hubert Lelong responsable du site du festival, j’ai pris Radio Tangopostale en charge entièrement dès le début. La mission de promotion des orchestres invités de Tangopostale avec jingle d’annonce restait la même. A l’affiche il y avait Derrotas Cadenas, El Cachivache, Obsesion Tango et Quinteto Negro La Boca. Mais j’ai également commencé à explorer de manière plus approfondie les possibilités de Radionomy pour l’exploiter de façon plus ambitieuse. Pourquoi ne pas aller plus loin et tenter de faire tenir Radio Tangopostale au-delà de la durée du festival?

Radio Tangopostale 2013 – visuel crée par Lucas Eubel Frontini

En effet, la plateforme Radionomy proposait aux diffuseurs des paliers d’un nombre des titres à déposer qui augmentaient en fonction du nombre d’auditeurs à l’écoute. Ces titres pouvaient être répartis dans des bacs qui ensuite pouvaient être affectés à différents horaires d’une grille hebdomadaire. Une application artificiellement intelligente mélangeait les titres des bacs par émission pour créer un ordre de diffusion agréable – il suffisait de bien choisir ses musiques pour obtenir un flux de qualité. Au début, le nombre de titres étant limité, il y avait pas mal de répétition. Mais, en fonction du nombre d’heures d’écoute comptabilisées, on pouvait verser davantage de musique pour enrichir la programmation. Le défi me plaisais et j’ai décidé de le relever.

Ainsi, Radio Tangopostale est devenue une webradio stable et durable à partir de juin 2013, avec une diffusion en continu de tango classique et contemporain ainsi que la musique de tradition folklorique d’argentine, jusqu’en 2016.

Pour compléter l’image de marque, un visuel a été conçu pour identifiée la radio par Lucas Eubel Frontini, contrebassiste de tango qui, à ses heures perdues, s’amusait avec de la création graphique. Pour voir d’autres exemples de ses belles créations pour l’orchestre Silbando dont il est toujours membre, il suffit de cliquer ICI.

Des auditeurs partout

Diffusant 24/7, il était possible d’écouter Radio Tangopostale à toute heure de la journée n’importe où dans le monde, avec 8 760 heures de musique émise par an. Petit à petit, sur une période de 3 ans, grâce à la programmation inspirée par la devise « Ici on aime le tango – tout le tango », la radio a trouvé son auditoire et a même été proposée aux utilisateurs de l’application Tune In Radio. Le 16 juin 2015, pour le deuxième anniversaire de sa mise en ligne, le compteur de Radionomy affichait plus de 190 000 connexions à Radio Tangopostale en 12 mois pour un total de 83 000 heures d’écoute active. Cette écoute active variait en fonction des pays.

La France constituait l’auditoire de base avec 22 200 heures, suivie par 9 700 heures en Allemagne, 7 000 aux États-Unis et 6 400 au Japon. Ensuite, venait la Suisse à 2 900 heures, puis le Canada et l’Italie à 2 600, et le Royaume-Uni à 2 400. Il y avait trois pays à 1800 heures : la Colombie, le Mexique et les Pays Bas. Pour la première année de diffusion chez eux, l’Espagne était déjà à 1 700 heures, le Brésil et la Belgique à 1 300, puis la Russie et la Pologne à 1 000 heures.

Et en Argentine, pays emblématique du tango? L’offre radiophonique en tango classique sur la FM était dominée de longue date par la belle programmation du service public de La 2×4. Et le tango actuel avait déjà sa plateforme en ligne depuis la création en 2003 de Radio CAFF par Federico Terranova puis relancée par Germán Marcos en 2014. Malgré tout, le score pour Radio Tangopostale restait honorable à 2500 heures d’écoute active en Argentine – une vraie fierté.

Voici la grille de programmation préparée pour les auditeurs pour la période en question.

Radio Tangopostale – Grille de programmation, avril-juin 2015

Silence Radio

C’était trop bien, comme en dit. Trop bien pour être vrai? Au cours de l’année 2016, les choses se sont brouillées. Non pas du côté des auditeurs, mais du côté de Radionomy. En juin 2016, les conversations entre les créateurs de radios sur le forum de la plateforme s’animaient autour de certains sujets épineux et des nouveautés dans les contrats de diffusion.

Sujet 1 : Le blocage de radios dans certains pays. Il n’était pas possible de se connecter à partir de certains pays comme la Turquie, l’Allemagne. Une radio au Taïwan qui ne pouvait pas diffuser au Taïwan. Le Chili avait le même problème. Et le blocage s’étendait progressivement.

Sujet 2 : La détérioration dans la qualité des connexions pour les auditeurs. Silence radio à ce sujet de la part de Radionomy. Souvenons-nous que, en 2016, beaucoup d’internautes écoutaient la radio en ligne sur ordinateur : connaissant bien leur machines, dès qu’il y avait une perte de qualité qui n’affectait pas les autres fonctions de l’ordinateur, ils identifiaient bien la source du problème. Pour les animateurs de ces radios, c’était très problématique, parce que, sans auditeurs, nous risquions de rompre sans le vouloir notre contrat avec Radionomy qui nous demandait des auditeurs pour vendre de la publicité. Par rapport à Radio Tangopostale plusieurs personnes m’avaient fait part de problèmes de connexion.

Sujet 3 : La question des droits d’auteur. L’incitation à créer des radios par la plateforme de Radionomy était renforcée par la promesse de prise en charge gratuite des droits d’auteur contre la vente de spots publicitaires lors des diffusions. Les créateurs de radios commençaient à se demander si les droits d’auteur étaient réellement payés par Radionomy où si nous risquions de devoir régler la facture nous-mêmes. La plateforme ne répondait pas clairement à cette question.

Après ces trois sujets épineux, deux nouveautés de taille venaient d’arriver dans les contrats de diffusion.

Nouveauté 1 : L’impossibilité de programmer le même artiste 2 fois sans respecter 45 minutes de transition entre les titres.  Trop d’artistes ouvraient des radios éphémères pour promouvoir leurs nouveaux disques qui tournaient en boucle. C’était de la publicité à moindre frais. Cette contrainte, qui n’existait pas 4 mois auparavant, était le résultat d’un différend entre Radionomy, les maisons de disques et l’équivalent de la Sacem aux États-Unis. Désormais, un programmateur ne pouvait plus diffuser 2 titres d’un même artiste de suite. Pour Radio Tangopostale, cela posait un autre problème : il devenait impossible de diffuser par moments une tanda – séquence traditionnelle de 3 ou 4 titres d’un même artiste empruntée à la culture du bal tango – avec un même orchestre. Grrr! A l’époque, j’étais en discussion avec le DJ-BYC Bernardo pour la programmation d’un bal sur Radio Tangopostale devenue mission impossible.

Nouveauté 2 : L’obligation de justifier la propriété réelle de chaque chanson programmée alors qu’auparavant il suffisait de justifier une copie à partir de l’original. C’est à dire, nous avions le droit de téléverser sur la plateforme seulement les titres pour lesquels nous avions une preuve d’achat. Cette formulation est tirée d’un commentaire de Radionomy en réponse à une question posée par un producteur concernant la traçabilité des titres programmés. Tout le monde se souvenait du scandale du partage illicite à grande échelle de musique sous forme de mp3 grâce logiciel Napster, lancé en 1999, donc les interrogations à propos de la source des titres étaient légitimes. Cependant, la quasi-totalité de la musique sur Radio Tangopostale venait de ma collection personnelle de DJ tango accumulait sur des années et composée de disques achetés dans des magasin de disques, dans les festivals de tango en France, ou lors de voyages à Buenos Aires. Même si je comprenais le souci d’éviter les abus, je ne pouvais pas fournir de preuves d’achat parce que je n’en avais pas gardé. Pour la partie restante de la programmation, elle venait de deux sources : des camarades DJ et d’autres collectionneurs de tango qui possédaient des disques autrement indisponibles ; les artistes des exemplaires de leurs disques pour passer sur Radio Tangopostale. Je ne pouvais seulement justifier la propriété des titres envoyés directement par les artistes eux-mêmes – soit une minorité de l’ensemble de la musique diffusée. Cette contrainte nouvelle me préoccupais particulièrement.

La fin de Radio Tangopostale

Le climat généré par toutes ces discussions était loin d’être serein, comme vous pouvez le constater. Et Radionomy ne communiquait pas beaucoup, ce qui laissait supposer que l’organisation traversait quelques soucis d’ordre juridiques.

En réalité, depuis février 2016, la plateforme – prospère et également propriétaire de Winamp et Shoutcast – était en procès avec Sony Music qui mettait en cause le modèle financier qui permettait à Radionomy d’offrir un support pour la diffusion de musique gratuite à un total de 57 000 radios. Comme le précise cet article en anglais publié par Music Business Worldwide le 2 mars 2016, Sony réclamait $150 000 par titre diffusé sans autorisation.

Même si Sony et Radionomy se sont entendus pour un règlement à l’amiable, sans aller au procès et sans trop de publicité, en juin 2016 les diffuseurs commençaient à ressentir les effets de l’accord trouvé.

Par les échanges du forum, j’avais identifié trop de facteurs négatifs pour poursuivre l’aventure. Ma décision était donc prise. Le 5 juin 2016, j’ai arrête ma collaboration avec Radionomy. Et après 3 ans, j’ai fermé Radio Tangopostale.

Pour aller plus loin

Maintenant vous connaissez les grandes lignes de l’histoire de Radio Tangopostale. Merci aux auditeus pour leur soutien, et à vous pour vitre lecture attentive. C’était une aventure passionnante, mais le maintien d’un tel projet prenait énormément de temps et d’énergie. Ne plus avoir à le nourrir a laissé un vide, certes, mais c’était également un soulagement.

Il reste à dire quelque chose sur la musique diffusée. Parce que ces 3 ans passés plongé dans le tango et les musiques folkloriques d’Argentine et d’Uruguay ont complètement changé mon regard sur ce répertoire dans toutes ses richesses.

Pour partager le détail des recherches et des découvertes qui se cachent derrière la grille de programmation de Radio Tangopostale, il faudra un deuxième article.

En attendant, vous pouvez suivre Radio Tangopostale par sa page Facebook et sa chaine YouTube. Je n’arrivais pas à effacer le nom de Radio Tangopostale entièrement, tant qu’il y avait du tango à partager.


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